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LUSTIN (le pays des gens biens !) (2/3)

Misère noire, un instant de luxe, et vue sur la richesse / mes premiers contacts avec eux !

1952 (cette année-là et dans la suite du temps, les années 1953,1954,1955,1956)


Ainsi, dès ce premier janvier, nous entrerons dans l’année 1952.

Jusqu’à mi-mars, les conditions de vie furent celles qui nous étaient imposées par cet hiver si long, si froid, si humide, et pour nous, avec si peu de moyens disponibles.

Tout était ainsi à l’arrêt ; tout était en attente du lointain printemps encore à venir.

Les structures des caves et du garage étaient enfouies sous cette épaisse couche de neige ; nous étions si enterrés, si cloîtrés entre ces pauvres murs de pierres nues, suintantes de froide humidité.

Pourtant, chaque matin, il fallait s’en extraire et prendre le chemin de l’école du village.

De plus, toute la route des Fonds était impraticable car beaucoup trop glissante sous l’épaisse couche de neige glacée, et il y avait en tout et pour tout le village, une petite demi-douzaine de voitures automobiles ! Encore qu’elles étaient la propriété exclusive des notables bien trop attachés à leurs privilèges et bien-être, pour se trouver un instant concernés par le populo 

souffrant et peinant de marcher dans cette neige épaisse!

Souvent, le matin et le soir, quand nous allions et revenions de l’école dans le noir, on se faisait beaucoup de joie à voir les gros flocons de neige tomber du ciel et se profiler élégamment dans la lumière des quelques loupiottes publiques placées de loin en loin.

Sous les pas, la dernière couche de neige, gelée de la froide nuit, produisait des craquements

de toutes sortes. Cris et voix se perdaient rapidement dans l’épais manteau blanc !

Fils électriques et arbres, tous portaient sur leurs fines structures et ramures, d’épaisses lignes de neige gelée qui les faisaient se rapprocher parfois dangereusement du sol et à portée de mains. Que dire des brusques bourrasques qui désorganisaient le tout pendant un instant avant de se perdre - faute de forces - dans les grands arbres et les futées pourtant dénudés et offerts à toutes intrusions sauvageonnes et impromptues !

Pourtant, fort heureusement du reste, il y avait parfois cette disposition de l’hiver qui fait pleuvoir abondamment sur des sols profondément gelés. Au matin, alors que nous étions encore baignés de très pâle lumière, dans un froid fort vif, habillés de toutes sortes de pauvres vêtements, il nous fallait ‘’ grimper ‘’ vers l’école ! Pas de ‘’ mot ‘’ pour justifier une absence scolaire ! Du reste, notre fierté répugnait à solliciter ce genre d’intervention parentale.

Tout était couvert d’un très épais verglas rendant impraticables tous chemins, routes, sentiers tracés. C’était comme si durant la nuit profonde, un géant avait, sans retenue et sans parcimonie, enduit de vernis tout ce qui était visible ! Tout était puissamment figé, raide,

glissant à l’excès et totalement impraticable, malgré la grande beauté de ce féérique spectacle étincelant sous les premières lueurs encore fort sombres du matin d’hiver !

Mais il fallait rejoindre l’école ! Il fallait avancer, ramper au fond des fossés, s’agripper tant bien que mal ; souvent progresser sur les genoux dans les fossés profonds, dans les champs, dans les futaies du bois fort pentu qui nous séparaient de notre premier but, pour enfin, à moitié gelés, et certainement forts en retard, rejoindre la ‘’ triple classe ‘’ du maître Rousseau.

Les gamins du village, toujours gagnés par des méchancetés gratuites nous faisaient toutes sortes de bien mauvaises plaisanteries ! Quelle étrange idée que d’habiter ainsi dans le fond d’une vallée ! De plus, rue des Fonds ! Cela seul devait pleinement expliquer une grande partie de nos tribulations et déboires hivernaux !




Remarques sur l’hiver :


Au tout début des travaux, à la pointe du terrain, il fut creusé un puits profond de plus de deux mètres. Pour en soutenir les parois de terre, des murs de briques y furent élevés.

Le tout étant couvert par une épaisse dalle de béton qui pouvait-être déplacée aux besoins.

C’est là que tout au fond, fut placé le compteur pour les arrivées d’eau de la commune.

Une très profonde tranchée venant de la rue jusqu’au puits ; le puits avec les éléments visibles ; l’autre tranchée complémentaire, un petit peu moins profonde en partait et rejoignait sous terre, le garage où l’on pouvait trouver un seul robinet.

Cet hiver-là, malgré un calfeutrage important des canalisations situées dans le puits, l’eau y gela faisant éclater tuyaux et compteurs !

Rapidement renouvelés, il devint rapidement nécessaire d’y réchauffer régulièrement les divers éléments afin que le gel important ne fasse à nouveau des effets si dévastateurs et coûteux en réparations et nouveaux matériels.

Plusieurs fois dans le jour, et au cours de la nuit, il devint rapidement nécessaire d’y faire du feu de paille et de journaux afin d’y élever, et d’y maintenir la température à bonne hauteur.

Activité très prenante en temps mais, mon père avait alors tant de temps libre !

Au printemps, de nouveaux travaux mettront bien définitivement ce problème de côté, laissant malgré tout place - dans le fond du puits - à un groupe de salamandres aux belles couleurs noires striées de jaune puissant.


En avril, alors que les travaux de construction avaient bien repris, les grands-parents de Waterloo vinrent nous rendre visite. La marmaille familiale grandissante faisant grands bruits et grandes animations - ce qui perturbait le grand calme et le pausé du grand-père Paul - leur

firent faire propositions de me reprendre avec eux à Waterloo pour y demeurer durant un temps indéterminé. Ma nouvelle présence devant ‘’ animer ‘’ la solitude silencieuse répandue dans la petite maison de la rue François Libert, depuis le départ de tous ; Albert, Jules, Andrée, et nous ; tous ‘’ envolés ‘’ sur leurs propres ailes, vers des destins personnels !

Remarques :

De cette visite des grands-parents, il me reste de très importants souvenirs ! L’image encore très présente de mon grand-père se penchant à la fenêtre du garage et regardant avec beaucoup d’attention vers le nord, le grand bois des Acremonts s’élevant sur l’autre côté de la vallée.


Je resterai ainsi avec eux - de façon assez permanente - jusqu’à la mort du grand-père Paul en juillet 1953, ne retournant définitivement à Lustin qu’au printemps 1954.

Voir et lire : La dictée, le crapaud, la maison de Waterloo (3 éléments)et …..


Mais, que de changements, que d’avancements dans la construction !

L’étage était maintenant complété et fenêtres et portes mises en place !

La famille avait quitté les caves et le garage malgré l’inconfort encore persistant d’une nouvelle construction qui était encore en premiers avancements.

La charpente de cette compliquée toiture à pente brisée, était presque terminée ; par petits paquets, j’y ferai transport et montage (le long des échelles) des ardoises ‘’ Eternit ‘’ de couverture que mon père plaçait et fixait solidement aux lattes de la charpente chevronnée avec des clous spéciaux en cuivre. L’une après l’autre bien placée dans une asymétrie ‘’ en chevrons ‘’ bien établie par l’architecte.

Cette disposition spéciale faisant bel effet, donnait du chic à ce ‘’ à quatre pans brisés’’.


Mais, je me retrouvais alors à l’école du village avec le maître Rousseau !

Après ma déconfiture totale lors de cette fameuse dictée dans la classe de l’institut Saint-Joseph de Waterloo (plus de 110 fautes en deux pages) je m’étais ainsi - étapes après étapes - hissé fort gentiment au niveau de cette école, tout en y restant un élève tout à fait moyen, tant, sur moi, tous les autres avaient une bien grande avance en toutes matières savantes !


La classe de Lustin !

M’y retrouvant, et fort de ma ‘’ puissante érudition ‘’ acquise à l’institut, je submergeais bien grandement tout le reste de la classe du maître pourtant réputé dans toute la province de Namur.

J’en savais des choses, j’en connaissais des réponses, j’en montrais à tous !!!!!!

On m’avait placé en évidence première au premier banc de la classe ! Que de privilèges !

Que d’avantages ! Que de fierté acquise pour un ‘’ ancien cancre exposé aux rires ‘’ !

De plus, grand bonheur momentané pour nous tous!

A la récré de 10h00, nous recevions un petit flacon de verre rempli de bon lait ‘’ entier ‘’ !

Le livreur en apportait ainsi une soixantaine ! Une petite plaquette d’aluminium en fermait bien hermétiquement l’ouverture. Cela dura une saison ; tant que les finances communales purent suivre !

C’était pendant cette saison d’hiver que cet apport de calcium et d’autres nutriments nous fut ainsi proposé !

Tenant compte des froidures de l’époque, pendant le transport, souvent le lait s’était transformé en paillettes givrées. Mais, pour nous, tout était du meilleur appoint ! Même si tous ces contacts fort goulus nous brûlaient lèvres et langues ‘’ !

Et puis, nous déposions ces flacons vidés jusqu’à la dernière goutte, dans les casiers laissés vides et déposés sur le muret du jardinet pour enlèvement.


UN ‘’ METEOR ‘’ s’écrase dans les bois de Godinne ………….

Alors que nous étions dans la grande cour de l’école, juste débutant notre récré du matin, notre attention fut attirée par un ballet de trois avions ‘’ METEOR ‘’ qui faisaient grands exercices et multiples acrobaties, imitant ainsi de possibles combats aériens.

A nos oreilles vint soudain un bruit saccadé ! D’un des avions, le moteur avait de sérieux ratés ! Nous le vîmes rapidement ‘’ plonger ‘’ vers le sol et s’écraser au milieu des bois.

Le pilote n’avait pu le quitter !

Plus tard, deux ou trois jours après, quand il devint possible de visiter les lieux, nous ne trouverons plus que quelques fragments éparses, dispersés au milieu de la ‘’ clairière ‘’

produite par le choc et les flammes. Tout le reste avait été enlevé par les autorités militaires

pour examens des causes de l’accident.


Et puis, là, établie dans le versant escarpé, plein sud, il y avait une ferme occupée par une grande famille flamande !


Lire JENNY! Un doux sentiment d’enfance et premiers émois inconnus !


Remarques :


C’est dans cette période (il y faisait déjà beau temps) que mes parents décidèrent de fort commun accord (pour une fois), de nous envoyer, Marc et moi, à l’hôpital Sainte-Camille à Namur, pour y être ‘’ opérés ‘’ des amygdales et polypes ‘’ !

Cependant, rien ne nous ayant étant au préalable dit, un matin, habillés de la meilleure possible façon, nous partions avec mon père qui portait une petite valise ! Marche de 30 minutes pour rejoindre Tailfer, passage de l’eau en barque, à Boreuville, le vieux tram vicinal pour rejoindre Namur-Gare ! Là, le grand luxe d’un taxi (de fait, pratiquement impayable tenant compte de nos faibles moyens) pour nous déposer devant l’hôpital.

A l’époque, l’entrée de cet hôpital – encore grandement géré par des Sœurs – ressemblait à un porche d’église. Rapidement conduits vers une petite chambre, Marc et moi, sur ordre ferme, enfilèrent nos petits pyjamas ! Etrange affaire que de se retrouver en pyjamas, en milieu de matinée, dans un endroit totalement inconnu !

Une sœur en cornette (vêtue grandement de noir), accompagnée d’un homme, lui, tout habillé de blanc, vinrent nous ‘’ enlever ‘’de notre petite chambre !

Par quelques couloirs situés au rez-de-chaussée, nous étions introduits dans une grande salle dont les murs étaient peints en vert très pâle ! Une multitude de ‘’ machines ‘’ inconnues de nous, encombraient l’espace ; mes regards notaient la présence d’une espèce de grande roue lumineuse accrochée à mi-hauteur du plafond !

Il y avait là, à l’intérieur de cette pièce, quatre personnages dont deux sœurs !

Qu’allait-il se passer ? Pourquoi étais-je là en pyjamas à cette heure du jour ? Pourquoi étais-je là dans ce lieu inconnu et froid, entouré de ces quatre personnes, elles-aussi inconnues ?


Subitement, alors que rien ne le laissait prévoir, j’étais fermement agrippé, couché de force

sur une espèce de lit placé juste sous cette roue lumineuse ! Assez brutalement maintenu, je me débattais avec force ! Qu’allaient-ils me faire ? Allaient-ils m’assassiner ? Soudainement,

un des personnages, s’approchant très près de mon visage, m’appliquait un ‘’ masque ‘’ ! Allait-on m’assassiner ? Bien que hurlant, me débattant plus qu’encore de toutes mes forces mais, maintenu, à court de souffle, je tentais de respirer ! Horrible sensation d’étouffement gazeux voulu par ces quatre sbires assassins d’enfants en trop dans des familles aux moyens financiers trop limités que pour poursuivre!....... Mais, il me fallait respirer !

Du gaz ! Quel gaz ?

J’avais parfois entendu dans les conversations d’adultes - parlant de la Grand-Guerre - les effets désastreux qui suivaient les lancées de gaz au-dessus des tranchées de l’Yser !

Déjà, allais-je mourir de cette même façon ? Je sombrais rapidement dans le néant !

Quelques heures plus tard, Marc et moi, nous nous réveillions dans notre première petite chambre, couchés sur nos lits, toujours en pyjamas !

Notre père - revenu d’avoir été beaucoup ‘’ fumer ‘’ pour calmer ses impatiences – était là, assis sur une petite chaise ; sans paroles, comme perdu dans ses pensées !

Un personnage en blanc vint lui dire que nous allions recevoir quelques glaçons d’eau et que, dès après, nous pourrions nous habiller, et quitter les lieux ! Faute d’argent disponible, une longue marche, le vieux tram vicinal jusque Boreuville, le passage de la Meuse en barque, la longue remontée de la rue des Fonds… et nous étions à nouveau ‘’ chez nous ‘’ !

Il faut bien dire que nous ne sentions, et ne sentirions pas la moindre douleur ! Tout se passa ainsi sans grand mal physique sauf, les restes puissants d’une indescriptible grande frayeur !

Moins de quinze jours après l’opération, tout était bien cicatrisé - disait le jeune docteur Bluard faisant bonne route en provenance de Dave - et attentivement consulté à cet effet !

Mais, pourquoi ne nous avoir rien dit ? Ne pas nous avoir bien subtilement préparés à cette opération ? ……. Ils ne nous diront jamais rien sur rien ! Tout fut toujours le résultat de nos seules recherches personnelles !

……… Mais, nous entrerons ainsi dans l’année 1954 (j’y aurai 10 ans).



Premiers timides contacts avec le luxe et vue sur la richesse !


A une centaine de mètres de notre maison, plus haut dans le début de la rue Goffioul, il y avait une maison construite à flanc de coteau, fort encastrée dans ce talus fort abrupt, le garage et les caves formaient la partie basse et puissante, aux murs faits de blocs de béton. Sur le côté gauche, un escalier menait par l’extérieur à l’étage, bordé d’une grande terrasse qui s’ouvrait sur un grand verger montant en pente très douce vers l’orée gauche du petit bois dont il a été précédemment question en hiver. Le sol de ce verger fruitier était tapissé d’une impressionnante pelouse verdoyante et bien entretenue.

Ce bâtiment de style ‘’ pré-montagnes ‘’ tout en crépi blanc agrémenté de colombages de bois, donnait une impression de fort cossu, de fort aisé, de fort en tout !

Un très grand living couvrant l’ensemble du plateau avec un coin cuisine, et à l’étage habilement mansardé, trois grandes chambres avec salle de bains équipée ‘’ moderne ‘’ avec baignoire et douche. Plus, sur le palier, un vrai WC avec chasse d’eau. Objet fort inconnu

pour moi qui ne connaissais que des planches avec un grand trou et un couvercle de bois.

L’ensemble de la propriété était clôturé de hauts treillis à larges mailles pour contenir les chiens de la famille occupante des lieux.

Tout ce que nous en savions était alors que cette belle demeure était occupée juste quelques semaines par an, principalement pendant deux mois, durant le plein été.


Un jour de cette saison alors que, sans but précis, je gambadais dans le sous-bois proche de la clôture, j’entrais ainsi en contact avec un jeune garçon qui jouait dans le verger. Fort prudents, nous nous rapprochions lentement l’un de l’autre jusqu’à pouvoir nous parler. Il devait avoir mon âge - bien que plus grand de taille.

Il me disait s’appeler Paul De Jonghe habitant avec ses parents et sa grande sœur, chaussée d’Alsemberg à Uccle. Il était avec ses parents dans la maison de ‘’ vacances ‘’ des Fonds de Lustin pour quelques semaines. Passant la clôture pour me rapprocher de lui, il m’invita à rencontrer ses parents déjà occupés à l’intérieur de la maison.

Dès le premier pas à l’intérieur, j’étais frappé de l’élégance chaleureuse et ‘’ riche ‘’ de l’ensemble, sans pouvoir en trouver référence, mais tout m’envahissait d’un émerveillement dont tous les éléments m’étaient jusque alors, totalement inconnus.

Son père, Directeur d’une importante agence de banque bruxelloise, sa mère, assistante de direction dans l’importante firme pharmaceutique UCB - dont le siège social était alors situé dans l’entrée de l’avenue Louise - et présentement occupé par l’hôtel Conrad Hilton.

Me trouvant probablement suffisamment ‘’ raffiné ‘’ dans mes manières à la De Keyser, ils me proposèrent d’être le compagnon de jeux de leur fils pendant leur séjour à la campagne !

J’étais ainsi l’accompagnant dans des randonnées en voiture, dans toute la région mosane.

Me voir si bien installé à l’arrière d’une splendide Jaguar, et certains midis, invité au restaurant devant des plats dont je ne pouvais définir l’ensemble du contenu tant il était varié et surprenant, incapable de choisir et de manier correctement la nombreuse coutellerie.

Fort aimablement et avec grand tact, ils m’initièrent à l’ensemble des connaissances de base touchant à la fréquentation des restaurants. Je n’oublierai pas cette initiation ! Elle m’est du reste restée toujours bien présente !

Un jour, ses parents me proposèrent de les accompagner avec Paul, dans leur maison de Bruxelles pour quelques jours étant donné qu’ils avaient quelques affaires urgentes à régler.

Avec l’accord de mes parents, et muni d’une ‘’ pauvre petite valise ‘’ en faux cuir de base cartonné, contenant quelques pauvres effets ; j’étais ainsi ‘’ emporté ‘’vers Bruxelles.

Arrivés chaussée d’Alsemberg, nous entrions par un large portail de fer forgé dans un grand et magnifique jardin tout en fleurs, arbres et buissons. Une longue allée en courbe nous portait devant un imposant manoir avec un grand et large escalier extérieur menant directement au premier plateau d’habitation.

Dès notre arrivée, une jeune dame vêtue de noir avec un petit tablier blanc, et une collerette dentelée de même couleur, vint à notre rencontre. A la demande des parents, elle me prit la valise et m’invita bien gentiment à la suivre.

Un autre escalier fait de beaux bois, prenant naissance dans le grand hall pavé de marbre blanc, me menait ainsi ‘’accompagné’’ à l’étage. Au milieu du couloir, m’ouvrant la porte, elle me fit entrer dans une grande chambre au plafond fort haut placé, et agrémenté d’un magnifique lustre.

C’était ma chambre personnelle avec une petite salle de bains attenante. Je m’émerveillais de tout, des meubles, des tapis, des lambris, des tapisseries, des cadres, des tentures et plus encore du petit balcon extérieur accessible de la chambre par une porte à deux battants !

Invité à prendre mes ablutions (dont j’ignorais les subtilités citadines) après ce moment passé en voiture, je me trouvais sollicité pour rejoindre la grande table pour le repas du soir. Moins embarrassé que précédemment, grâce à mon training ‘’ coutellerie ‘’dans les restaurants, je me trouvais ‘’ servi à table ‘’ par la même jeune dame qui faisait le service……

Toutes sortes de plats, boissons et desserts à profusion ! Quels changements !

Puis, des jeux, de la conversation ….. , et il était temps d’aller au lit !

Un vrai grand lit avec un matelas de haute qualité (pas du kapok), des draps de lits bien doux au toucher ! … Une bien grande merveille ! Un vrai sommeil comme jamais encore connu !

Déjeuners, diners, soupers, tout était si étrangement merveilleux, et pourtant si inconnus !

Le séjour fut parfait en tout, et je goûtais pleinement tous les instants de cette vie de château !

Mais, le temps était venu de retrouver Lustin et les ‘’ demi-incultes ‘’ de la rue des Fonds.

Paul et ses parents n’y restèrent encore que quelques jours ! Ils partaient ! Ils retournaient à Bruxelles ; le temps des vacances à la campagne était passé ! La grande maison blanche allait se retrouver vide pour de longs mois !

La Jaguar chargée des bagages, des adieux, des embrassades chaleureuses, des souhaits de toutes sortes, encore des adieux plus poignants, et puis, lentement, l’éloignement de la voiture

avec les derniers grands signes bien rapides de toutes les mains !

Ainsi, au bord du chemin, abandonné, je m’effondrais en profonds sanglots ! Une infinie tristesse, un sentiment douloureux d’une grande perte me prenaient tout entier.

Il me faudra plusieurs jours de durs labeurs sur la maison pour sentir doucement s’éloigner de moi cette peine profonde que j’avais ainsi dans le cœur, et dans tout mon être de jeune garçon ! Deux ans plus tard, je reçu une invitation pour les rejoindre quelques jours dans une belle maison de pierre qu’ils venaient d’acheter en bord de Meuse (rive gauche) près du pont de Namêche. Ce furent nos dernières rencontres ! Je ne les reverrai plus jamais !


Mon oncle, Jules De Keyser, était financièrement plus aisé par son activité comme en partie, propriétaire/placeur de machineries musicales et jeux de cafés.

Il était associé de longue date avec André Désir, dont l’épouse, Mariette était son amante depuis les premiers jours de leur association !.... Mais, cela arrangeait tout le monde !

Ils louaient ensemble un mois d’été par an, une luxueuse villa dans le village bien connu pour son bien-être conservé, de la petite station balnéaire du ‘’ Le Coq-sur-Mer ‘’.

Tout y était superbe ! Tout y était merveilleux ! Pendant un mois, avec d’autres enfants, nous étions comme dans un ****** ‘’ tout compris ‘’ !

Les sorties, les jeux de plage, les restaurants, les randonnées, de la musique, du bruit partout !

Tout suintait la belle aisance financière, tout suintait le luxe ! Tout sentait les frôlements amoureux aux effluves parfumées de musc des adultes fort peu habillés du reste !

Pourtant, il me fallait revenir bien tristement dans mon monde, dans mon pauvre et banal environnement encore tout en chantier ! Retrouver le médiocre du village ! Retrouver ces gamins peu dégrossis, peu raffinés, peu en tout ! Comme moi du reste !.....


Ainsi vint le jour de ma ‘’ communion solennelle ‘’ dont je ne comprenais pas l’utilité du fait des grands frais que cela allait entrainer sur le petit budget familial ! Je me retrouvais habillé chic ; en costume noir, chemise blanche, nœud papillon, souliers vernis - tout le contraire de cette simple chasuble blanche à plis, et à courtes manches bordées de fine dentelle, portée fièrement comme ‘’ enfant de chœur ‘’ dans la petite chapelle du château ‘’ Gilbert ‘’ dans le bas de la rue des Fonds, à quelques centaines de mètres de la Meuse, à l’endroit dit de Tailfer.

Là aussi, comme déjà décrit, les riches occupaient les deux premiers rangs dont les chaises

bien capitonnées étaient agrémentées de velours grenat ! Pour le commun, à l’arrière, juste des bancs de bois au verni déjà fort usé par les genoux des croyants sincères en piété rude de ces villageois endimanchés pour la circonstance.


Ainsi, alors, l’église du village était remplie de parents et de familles qui observaient la tenue respectueuse des communiants et communiantes en beaux habits de cérémonie ! Certaines filles de familles aisées et de notables, portaient de ‘’ vrais ‘’ robes de mariées tant elles étaient si bien faites et si richement pourvues de dentelles et rubans de toutes sortes ! Que de belles chevelures ! Bien que séparés fort habilement, filles et garçons ainsi ‘’ nippés ‘’, lançaient les uns aux autres, des regards très furtifs mais tout remplis de première mais encore insoupçonnée ‘’ convoitise déjà bien à la limite du charnel ‘’ !


N’avait-on pas déjà surpris quelques ‘’ petits couples ‘’ de ces jeunes, bien cachés dans les futaies fort nombreuses des proches environs, échanger de discrets baisers ?

Baisers chastes, car manquant d’expérience et de régulière pratique ! Les parents veillaient de leur mieux mais, l’attrait était déjà tellement puissant ! De plus - faut-il bien avouer -, à la campagne, l’éveil des sens pointait fort tôt dans les jeunes corps !


Cérémonies chaleureuses terminées, la famille Wiame et quelques parents venus de loin se réunirent dans la pièce avant droite de la maison encore en grand chantier.

Pour cette occasion, dans cette pièce, tout y avait été terminé à autres grands frais !

Tant les plafonds, que les murs tapissés, que les fenêtres peintes, que les sols faits de carrelages en belles céramiques de couleur, que la table dressée pour le ‘’ banquet ‘’, tout était porté précieusement à la hauteur de l’évènement !

Banquet exceptionnel présentant de nombreuses belles et délicates victuailles, des boissons fortes ! Un magnifique gâteau du communiant avec sa petite posture en plâtre peint, et pour clôturer, les liqueurs adéquates, et le service du café présenté dans de belles tasses aux motifs délicats, peints sur la faïence agréablement courbée

……. Remise des cadeaux ! Pourquoi des cadeaux ? Pourtant, je les recevais ainsi avec beaucoup de plaisir et d’attention certaine malgré des poussées de grande timidité naturelle.

……. Un missel que je conserve ‘’ pieusement ‘’, une montre de grande qualité, un dictionnaire Larousse - que j’ai toujours en bon état plus de 60 ans après – un stylo Parker, une chainette en or avec une médaille sainte, une gourmette avec mon prénom gravé, etc…..

Rien que du plaisir pour moi ! Certainement beaucoup moins pour mes parents qui avaient été poussés à devoir sacrifier les derniers restes de très maigres ressources !


Pourtant, dès le lendemain, la réalité des choses était là devant nous ! Il fallait à nouveau y faire face et surmonter les grandes difficultés financières qui pesaient sur nous depuis bien trop longtemps….. Nous allions ainsi encore fort dépourvus, bientôt (8 mois) nous retrouver entrer rapidement dans l’année 1957.


Pendant ce temps, mon père Georges, reprit par certains démons de sa jeunesse, et écrasé de toutes parts par tant de difficultés financières si lourdes, et autres, tenant à ses responsabilités familiales devenues de plus en plus chancelantes, se remit à la boisson !


Il y avait toujours quelque part une bande aimant lever le coude avec laquelle il s’accoquinait

bien vite perdant toute envie de résister ! Les verres après les verres se suivaient, et il revenait complètement ‘’ cuité ‘’ à la maison !

Bien que jamais il ne nous frappa, pour passer ses colères internes, il démolissait portes et mobiliers ! Chaque fois que cela devenait trop important et insoutenable, nous allions bien vite au ‘’ petit magasin ‘’ d’épiceries tenu par Juliette Delimoy, un petit peu plus haut dans la rue des Fonds pour appeler les gendarmes.

Ils arrivaient ainsi bien rapidement de leur caserne logée à Profondeville, à bord de leur Jeep.

A l’époque, ils portaient encore cet uniforme ancien et caractéristique avec la ‘’ buse ‘’ !

Rapidement arrivés sur place, ils ‘’ embarquaient ‘’ dans le premier instant le ‘’ soulard ‘’ qui à premier regard de la présence de la force publique, perdait dans l’instant une grande partie de son agressivité !

‘’ Embarqué ‘’ vite et bien sous les regards ‘’ d’un curieux malsain ‘’ du voisinage accouru au spectacle de l’ivrognerie publique !


Dégrisé par une nuit au violon, après une nouvelle journée de son dur travail à Namur, il nous revenait le soir !

Tête basse, dépité, toute fierté abandonnée, triste, et dans un état général lamentable !

Cette situation durera encore toute l’année 1957 jusqu’à ce que je propose à ma mère de partir, de tout quitter, de retourner à Bruxelles avec les deux autres enfants, et de nous refaire une autre et nouvelle vie !


Pourtant, les travaux pour finir la construction de la maison avançaient comme ils pouvaient !

Toujours sans grands fonds disponibles, toujours en attente d’une nouvelle ‘’ cuite ‘’ !


C’est cependant dans ces dispositions que pierre après pierre, avec Marc et Chantal, nous construirons à notre rythme d’encore bras d’enfants, les petits murets soutenant les terres, le long des chemins déjà creusés.

Ces pierres de toutes formes, seront disposées sans mortier les liant ensemble, pour en faire un

mur solide ! Mais, tout tiendra bien fait et fort longtemps !


UN FORT REGRETTABLE ACCIDENT DE VELO

Alors que tous, gamins du quartier, nous faisions maintes audacieuses pirouettes sur nos vieux vélos, il m’arriva - en fin de matinée d’un beau jour de vacances scolaires - alors que je dévalais fort imprudemment le talus bordant l’allée menant au garage, de perdre complètement la maitrise du guidon !

En place de longer le talus, je me retrouvais directement - et sans moyens de freiner de quelque façon - poursuivre mon mouvement à angle droit avec la route bien en contrebas.

Comme dans tous les villages, un profond fossé herbeux, une zone de gravillons, et le macadam de la rue, constituaient le commun des structures routières villageoises.

Emporté par mon mouvement, la roue avant venait s’encastrer dans la profondeur du fossé !

Ejecté, je me fracassais le visage ! Le front, sur le macadam ; le reste, sur les gravillons !

Sonné mais hurlant et couvert de sang, j’étais rapidement ramené dans la maison.

Après avoir été ‘’ lavé ‘’, on découvrait avec effrois que j’avais au visage, d’importantes coupures et déchirures.

Au milieu du front, un trou fort profond ; la structure superficielle du nez - sur toute sa longueur - déchirée profondément ; et, le plus délicat, la lèvre supérieure déchirée jusqu’à la base des narines.

Une seule pensée malgré la douleur! Je resterais à jamais défiguré !

Roger Delimoy, un voisin toujours prêt à faire de bonnes actions, nous conduisait dans sa petite voiture - ma mère et moi - à l’hôpital Sainte Camille !

Encore une fois dans cet hôpital déjà trop connu !

Rapidement installé sur la table d’opération, deux habiles chirurgiens me ‘’ rafistolaient ‘’ de la bien meilleure façon possible !

Le visage couvert de bandages, je faisais ainsi figure de guerrier revenant du front de guerre !

Cependant, il ne faudra que quelques années pour que les cicatrices s’estompent petit à petit ; ne laissant que très peu de traces visibles sur le nez et le front !

Bien malheureux de cet état résiduel, je conserverai toujours cette très fine cicatrice fendant imperceptiblement la lèvre supérieure.

Elle sera - tout le long de ma vie - restée en grande partie cachée sous une fine moustache permanente ; à moi de noircir légèrement la ligne blanche pour former un tout harmonieux

au moyen d’un crayon de maquillage adapté au ton recherché.


A suivre dans le n°3 : les années1957 à 1961


Rappel d’importantes remarques :

Comme dit au début du récit, ce texte n’a pas été ‘’ corrigé ‘’ de façon approfondie ; il est venu ainsi très spontanément, extrait du plus profond de ma mémoire.

Toutes corrections profondes, et de toutes autres sortes, en auraient édulcoré le vécu exprimé.


Daniel Wiame      07/2019












 
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